Maïthé Escale raconte son aventure au Marathon des Sables

Le Marathon Des Sables : une épreuve qui fait écho dans les oreilles de la plupart des coureurs, et dans le coeur de ceux qui ont pu y participer. C’est bien sûr une aventure sportive difficile, mais il en ressort également une aventure humaine.

Run in Pyrénées est allé à la rencontre de Maïthé Escale pour recueillir un vécu venu du terrain, ainsi qu’un ressenti personnel sur cette aventure. Cette coureuse de Lourdes (65) vient de terminer 512è du MDS, 2è de sa catégorie d’âge. Elle use ses baskets depuis plus de 25 ans, avec des épreuves comme le marathon de New York, l’Euskal Trail, le Grand Raid des Pyrénées (deux fois le 80 km et le 160 km), la Diagonale des Fous (deux fois) et a pour elle son vécu sportif à la montagne auparavant. Elle en était à son 4è MDS.

Voici l’échange, le vécu, le ressenti…

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L’entretien commence par du concret. Le MDS, c’est 1400 coureurs qui partent pour 240 km en 6 étapes. Entre la nuit et le jour, il fait de 10°C à 52°C ! On parle rapidement de chiffres, de concret. Sur le terrain, il faut du pratique, de l’efficace. Il y a aussi le matériel obligatoire à emporter.

« J’ai opté pour un sac de 20L. Il contient tout ce dont j’ai besoin. Le mien faisait 8.4 kg, 10 kg avec l’eau qui est fournie par l’organisation. Les gens trouveront la liste du matériel obligatoire… mais voici à peu près ce que j’ai emporté :

Concernant l’alimentation, il y a beaucoup de lyophilisé. Ça ne prend pas beaucoup de place. J’avais des pâtes de fruit, des amandes, des noix de macadamia (très énergétique !), des portions de saucisson, des barres salées aussi. Je me faisais une sorte de crème anglaise avec de l’eau froide en lyophilisé aussi. Il faut minimum 2000 calories par jour pour avancer ! D’ailleurs, j’en profite pour remercier le magasin ARBES pour les conseils diététiques qui m’ont été d’une grande aide ».


J’en viens à lui demander – déformation de passionné – avec quel modèle elle a couru. Elle me montre une Hoka Challenger Atr, évidemment attaquée et usée par le désert. Je me demande si ce modèle tous chemins a été suffisant, elle me répond qu’elle n’a eu aucun problème, à peine deux ampoules. Je remarque également qu’une guêtre a été incorporée à la chaussure.

20170414_164523 - Copie« J’ai fait travailler mon cordonnier : il a cousu un scratch qui entoure le chaussant pour pouvoir y fixer ma guêtre dessus. Ça a très bien fonctionné. Evidemment le soir, je vidais un peu le sable, mais c’était surtout car le tour de ma cheville avait perdu en épaisseur à cause des kilomètres et que du coup ça filtrait un peu ».

Elle m’a ensuite cité toute sorte de choses dans la matériel : duvet, miroir, boussole, aspi-venin, petit couteau suisse, couverture de survie, pansements… Il y a aussi un boitier GPS à transporter (avec bouton secours) qui permet de localiser les coureurs en temps réel et d’avoir un suivi live depuis internet.

Elle a passé les étapes entre 5 et 6 km/h la plupart du temps.

« On court assez peu à mon niveau. Courir sur du sable avec un poids de 10 kg, c’est compliqué ! Surtout qu’il y a différentes textures de sable. Et puis il y a des djebels à passer. Certains culminent à 1200 m ! Les premiers sont à un peu plus de 12 km/h sur le MDS. Les femmes à 9 km/h. Mais bon, eux ils n’emportent pas 10 kg sur leur dos… »


Et la préparation, elle s’est bien passée ?

« J’ai fait un trek en Ethiopie il y a plusieurs mois, j’ai senti que ça m’avait été utile. Mais la majorité du temps, il a fallu s’accrocher tous les jours pour aller courir. Quand c’est l’hiver, que tu pars seule sans personne pour t’accompagner, même un bout de sortie, que tu files à 17h30 et que tu rentres à 22h30… C’était très difficile. »

 

Avant le MDS, ça a été très difficile pour moi. Et puis… Le désert m’a emporté. J’adore le désert : cette immensité, ces paysages… Dès que je l’ai vu, je me suis transformée. Il m’a reboosté, donné un mental de guerrière !


Nous commençons par la suite à rentrer dans le quotidien des étapes. L’aspect psychologique fut important. C’est ce qui lui a permis avant tout le reste, de réaliser un superbe MDS.

« Avant le MDS, ça a été très difficile pour moi. Et puis… Le désert m’a emporté. J’adore le désert : cette immensité, ces paysages… Dès que je l’ai vu, je me suis transformée. Il m’a reboosté, donné un mental de guerrière ! Vous savez, chacun vient chercher quelque chose. J’étais prête à le trouver. »

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Les départs sont donnés entre 7h et 9h

Les premiers partent plus tard et doublent le peloton. Comme ça, tout le monde a le plaisir de les apercevoir. Elle m’a parlé d’avoir discuté avec Nathalie Mauclair, très sympathique, qui lui faisait signe quand elles se recroisaient.

Elle se levait aux alentours de 5h30. Plusieurs personnes sont regroupées par tente. Le soir, c’était la première à revenir. Elle profitait d’aller se faire soigner les pieds en attendant.
Au 2è jour, tout allait bien. Elle s’étonnait d’être déjà arrivée. Elle me montre les photos : certaines portions roulantes étaient interminables, et puis d’un coup un immense djebel se dressait devant tout ce monde, ce qui pouvait créer des bouchons. Elle me parle de ces paysages magnifiques avec différentes lumières, et décrit comme un apaisement.
Au 3è jour, elle était toujours régulière. Pourtant la journée avait été rude : 27°C la nuit, 51°C le jour !

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« L’étape du 4è jour est la plus longue : 86.2 km. Il est possible de la faire en deux jours. J’étais bien et j’ai voulu la tenter en un. J’ai réussi à ne pas faire trop d’arrêts longs. Et puis c’est devenu un jour particulier car j’ai rencontré en chemin Vincent. Il est ingénieur à Décathlon. Il a voulu suivre mon rythme qui lui semblait idéal. J’ai accepté et bien sûr nous avons discuté…

Vous savez, avec tout le temps que nous passons ensemble, nous partageons des moments à part. On se confie sur sa vie, ses envies. On s’entraide…
Tiens, j’ai donné à Romain, un ami à lui, un des morceaux de saucisson que j’emmène. A ce moment-là, il n’avalait rien. Eh bien ce petit bout de saucisson lui  a fait un bien fou ! Il n’a pas arrêté de me remercier et il m’en reparlait souvent ! »

C’était l’anniversaire de Vincent ce jour-là. Ils sont arrivés aux alentours des 3h, et il était né à 3h58 : ils avaient réussi leur pari !


Le 5è jour, c’est la distance du marathon. Certains partent toujours trop vite. Elle me disait redoubler souvent les mêmes (jordaniens, grecs, belges etc…). Bien sûr ça commençait à être dur pour elle. Elle était repassée 2nde de sa catégorie (sans apercevoir cette concurrente).

Mais elle était BIEN. Son calme et sa sérénité inspiraient les autres et leur donnaient confiance en elle, puis en eux. Elle appréciait ces moments et se noyait dans ces paysages désertiques.

 

J’ai pris beaucoup de plaisir. J’ai rencontré du monde que je compte revoir en bougeant dans toute la France. Pour moi, il y a eu un avant et un après MDS. Je me suis renforcée là-bas.

 

Et puis il y a eu cette dernière étape de 7.7 km où tout le monte portait le même t-shirt. C’est une « spéciale » où les associations lèvent des fonds pour les enfants ou les handicapés. Mais c’est aussi la dernière, pleine d’émotion.

20170414_164807 - Copie« Les dunes étaient magnifiques. J’ai géré mon arrivée avec l’émotion qui était intérieure. J’ai pris beaucoup de plaisir. J’ai rencontré du monde que je compte revoir en bougeant dans toute la France. Pour moi, il y a eu un avant et un après MDS. Je me suis renforcée là-bas.
J’ai eu une course sans gros coups de mou grâce aux pensées que j’ai eu pour mes enfants ainsi que pour Lou et Mila que je m’amusais à surnommer Princesse du Désert.


Je tiens à souligner le travail des bénévoles. Je pense revenir et postuler pour être l’un d’eux. Les Doc Trotteurs qui étaient aux petits soins ont été formidables. La sécurité était assurée au loin par l’armée du Maroc. Mine de rien, cet événement fait travailler bon nombre de personnes au Maroc. »


Nous allons bientôt en terminer. Je reviens sur le côté pratique et financier. Le voyage et l’inscription coûtent cher. Vous pouvez trouver l’information facilement sur le site du MDS. Elle ne souhaite pas parler du prix que ça a coûté, car pour elle, tout ce qu’on y trouve là-bas l’emporte.

« C’est une certaine somme à dépenser, c’est sûr. Mais avec la logistique nécessaire et tout ce qui est fait pour le bien-être humain, tu ne le regrette pas. Tout est prévu. On nous fournit l’eau, la tente, les soins. Je n’ai pas ressenti de manque.

Et puis je repars avec autre chose. C’était ma 4è fois, et la gestion m’a aidée. Le désert m’a apaisé, j’ai eu un gros mental. J’en ressors plus forte ! Car il faut rappeler que l’on n’est sûr de rien là-bas. L’incertitude est permanente. Mais j’étais bien ! Apparemment, ça s’est vu autour de moi. Quelqu’un de l’organisation m’a surnommée la Gazelle du Désert.

En tout cas, je suis heureuse de partager tout ça avec les gens qui liront cet article. Si je peux apporter des réponses à certaines interrogations, si mon expérience peut servir concernant la gestion ou le matériel… Je suis là. »


Cet entretien se termine. Si vous souhaitez partager ou réagir, n’hésitez pas. Si vous souhaitez avoir les conseils de Marie-Thérèse, faites-le savoir. Merci pour votre lecture et votre intérêt !

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3 commentaires sur « Maïthé Escale raconte son aventure au Marathon des Sables »

  1. Bravo Marie Thérèse ! Je t’admire et je t’envie, j’aurais tellement voulu faire un jour ce MDS ,ça restera un rêve mais ton récit m’a permis de le vivre . Encore bravo !

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