Selon votre implication ou votre intérêt dans le domaine de la course à pied, le sujet des chaussures de running vous intéresse et vous vous y connaissez sans doute beaucoup. Le ressenti qu’elles peuvent nous donner est réellement important dans le quotidien d’un coureur, tant pour le plaisir, la santé, et la performance.
Avec l’avènement d’une marque comme Hoka pour ses semelles surdimensionnées, puis des chaussures à plaque carbone initiées par Nike il y a bientôt 10 ans, je déplore le fait d’avoir des chaussures trop spéciales, trop exclusives. Surtout de ne quasiment plus laisser la place sur le marché à une ligne de produit qui conserve des standards plus classiques et proches du naturel.
J’ai bien sûr des sensibilités puisque je cours depuis 35 ans. Je suis aussi observateur au micro des courses, je teste et vend des chaussures. Donc mon idée et d’essayer de toujours prendre du recul. Pas facile car j’ai aussi des préférences, cela dit. Mais je m’intéresse aussi au corps humain, à la podologie, au kiné. Bref, à la santé modestement. Mais tout est inter-dépendant et il est important de ne pas se faire happer par le marketing.
Comme vous l’avez lu dans le premier lien, faisant référence à l’ancien article
Où en est-on dans la réflexion ?
Après avoir vu de près de nombreux produits lors d’un test multi-marque, voici un avis plus récent.
J’aurais pu titre « la fin du KV » – « le KV, c’est terminé » – « le KV est mort » ou tout autre titre provocateur pour susciter le clic, mais je n’aime pas ça.
Le KV (Kilomètre Vertical) est une discipline répertoriée par la FFA. Nommée plutôt Course Verticale : « Course ascensionnelle avec une pente moyenne de 25%. La CV (ex KV) : 1 000m de dénivelé positif sur une distance de 4 km maximum, plus ou moins 50 m de D+ ».
Le sujet du KV a déjà été abordé sur Run in Pyrénées il y a 8 ans déjà, avec une partie 1 et l’avis de Thomas, pratiquant assidu du KV, qui permettait de définir les spécificités de la discipline, et une partie 2 avec les témoignages d’Adrien Perret (champion de France) et Axelle Gachet-Mollaret, qui deviendra recordwoman du monde.
D’ailleurs, depuis le 25 octobre 2025 sur le KV de Fully en Suisse, les records du monde sont de 27’21 (Rémi Bonnet) et 32’52 pour Axelle.
Pourquoi la FFA va délaisser le KV ?
L’info est passée du côté de la prochaine organisation du championnat de France de course en montagne (Arrens-Marsous, le 3/4 juillet 2027) et aussi du côté de Méribel, le 8/9 août dernier, où avaient lieu les championnats de France.
Pourquoi le KV pourrait disparaître ? La course verticale pourrait se transformer en « course en montée ». Autrement dit « UP-HILL », pour correspondre aux championnats internationaux. La course en montée pourrait remplacer le KV, où il n’y a pas de championnats internationaux. Lors des derniers championnats du monde « Off-Road » (course en montagne, trail, et « UP-HILL ») à Canfranc, l’épreuve comptait environ 6,4 km et 1000 m positifs. C’est ce genre d’épreuves qui pourrait remplacer le KV à l’avenir, dans le but de proposer une épreuve qualificative et préparative aux championnats internationaux qui suit.
Bonne idée…?
La logique, on la comprend. Mais la discipline, qui souffre déjà de manque de reconnaissance, pourrait encore en pâtir, sans reconnaissance nationale et internationale, alors qu’elle se démarque réellement de la course en montagne, par exemple.
Vincent Loustau, 3è des derniers championnats de France, s’exprimait à ce sujet : « à force de vouloir coller aux formats internationaux et à ce qui fait vendre, on risque de faire disparaître ce qui fait aussi la richesse de notre sport. Le KV, c’est une discipline à part entière […]. Et surtout, c’est un format qui a du sens pour les jeunes. À l’heure où l’on voit de plus en plus de coureurs se lancer directement sur des formats de 50, 80 ou 100 km, est-ce vraiment le moment de faire disparaître les disciplines courtes ?«
C’est un vrai coup de gueule adressé aux concepteurs des marques de running. Un parti pris qui concerne mon propre avis, bien que nous serons quelques-un(e)s, sans doute, à se ranger derrière cela.
Vous le savez, on propose des tests produits sur Run in Pyrénées. A bientôt 38 ans, j’ai plus de 30 ans de course à pied derrière moi, je cours sur tous les terrains, j’ai été vendeur running généraliste et spécialisé, et les chaussures de course à pied m’ont toujours intéressées.
Cela m’agace très sérieusement de constater que la grande majorité des paires de running actuelles prennent des millimètres d’épaisseur et des formes toujours plus dingues et toujours moins proches du « naturel ».
Minimalisme, maximalisme, et plaque carbone
La conception des paires de running a toujours été tiraillée entre la science et le marketing. Aux alentours de 2010, la vague du minimalisme a fait un bien fou : les chaussures se sont allégées, ont baissé de hauteur et de drop. Tout ce qu’il fallait pour tendre vers un produit efficace et un respect du corps. La limite était de ne pas tomber dans le délire du changement radical : passer d’une chaussure lourde – amortie – avec du talon,… à quasiment rien sous le pied, en pensant que ça allait résoudre les problèmes physiques. On sait que tout changement doit être progressif et motivé, avec le recul nécessaire sur les effets encourus. Voir notre article.
Pour ma part avec des maux de dos, je mettais des chaussures un peu trop lourdes et trop amorties en pensant qu’il me fallait cela pour mes douleurs. La transition fut progressive, paires par paires, pour apprécier enfin des poids modérés à légers, un drop de 4 mm idéal, et une hauteur de semelle pas trop éloignée du sol pour ressentir les informations qui en parviennent.
Ensuite, il y a eu notamment la marque Hoka qui a conservé globalement des drops peu importants, mais posé sur des hauteurs élevées, avec des semelles épaisses, et disons le, souvent molles. Quelques marques les ont imité car il y a eu une vraie adhésion d’une partie des coureurs. Mais cela restait globalement limité à quelques modèles.
Et puis il y a eu Nike et les plaques carbone depuis 2019 grosso modo. Attention, les plaques carbone existaient déjà depuis quasiment 20 ans ! C’était assez rare. L’appui marketing a fait son effet, Kipchoge et ses 2 h au marathon aussi. Plus les gens les ont essayées, plus l’efficacité remarquée a pris chez les pros, puis chez les amateurs. Et même si les prix sont hallucinants (entre 200 et 300 € la paire de running !), il fallait l’avoir ne serait-ce que pour « ne pas être désavatangé » par rapport à la concurrence. Même à petit niveau, on a voulu être au niveau de « sa » concurrence, et battre ses records à l’aide de la technologie. L’efficacité est semble-t-il réelle, peut être aussi grâce à un effet placébo, mais force est de constater tous ces records qui sont tombés ces trois dernières années… Bref.
Il faut se rappeler qu’un certain Sébastian Coe, ex champion olympique du 800 m (et athlète Nike…) président de World Athletics depuis 2015, a autorisé la norme officielle : ne pas dépasser 40 mm avec ces chaussures. Ça tombe bien, pile poil ce qu’il faut pour une semelle avec plaque carbone. Cela nécessite une grande épaisseur, des formes de semelles particulièrement incongrues, du moins éloignées d’une forme naturelle.
Exemple de la Kinvara 14 – Instagram Roadtotrailrun
La compétition, c’est LE moment où il faut briller. Tout le travail cumulé à l’entraînement doit s’exprimer sur une date définie, le jour J, à ce moment précis. Tous ces efforts faits l’un après l’autre s’additionnent pour obtenir un résultat. Mais il faut tenter de l’obtenir sur un « one-shot », sur UN rendez-vous unique. C’est ce qui donne à la compétition toute sa saveur. Aux extrêmes, l’extase ou le drame personnel.
Photo Yann Ilhardoy
Courses d’entraînement : pas vraiment la même chose
Quand la compétition manque, on est tenté de tester sa forme pour voir si l’entraînement a fonctionné et pour ne pas « gâcher », en quelque sorte, tous ses efforts. Bien sûr, cela donne une bonne indication du potentiel actuel, mais il faut aussi replacer la chose dans son contexte. Rappelez-vous le caractère exceptionnel de la compétition :
Même si les fabricants de montres GPS (Suunto, Garmin, Polar…) ont aussi un réseau social dans lequel on peut transférer et lire ses données, l’avantage de Strava, c’est qu’il les regroupe tous, permettant de connecter les coureurs entre eux.
Ces trois dernières années notamment, les partages des bilans sur Facebook ont inondé les « murs » de tout le monde. En graphiques ou en chiffres, le nombre total de kilomètres, de dénivelé cumulé, la moyenne, le nombre de jours actifs, etc, TOUT était exposé aux amis.
De là est né un questionnement : simple partage ou attente d’approbations / de félicitations ? Outil pratique ou exposition d’égo ? En postant l’image ci-dessous sur les réseaux sociaux, on a voulu voir ce que vous, les coureurs, pensiez vraiment…