Les chaussures, un sujet déjà abordé ICI
Selon votre implication ou votre intérêt dans le domaine de la course à pied, le sujet des chaussures de running vous intéresse et vous vous y connaissez sans doute beaucoup. Le ressenti qu’elles peuvent nous donner est réellement important dans le quotidien d’un coureur, tant pour le plaisir, la santé, et la performance.
Avec l’avènement d’une marque comme Hoka pour ses semelles surdimensionnées, puis des chaussures à plaque carbone initiées par Nike il y a bientôt 10 ans, je déplore le fait d’avoir des chaussures trop spéciales, trop exclusives. Surtout de ne quasiment plus laisser la place sur le marché à une ligne de produit qui conserve des standards plus classiques et proches du naturel.
J’ai bien sûr des sensibilités puisque je cours depuis 35 ans. Je suis aussi observateur au micro des courses, je teste et vend des chaussures. Donc mon idée et d’essayer de toujours prendre du recul. Pas facile car j’ai aussi des préférences, cela dit. Mais je m’intéresse aussi au corps humain, à la podologie, au kiné. Bref, à la santé modestement. Mais tout est inter-dépendant et il est important de ne pas se faire happer par le marketing.
Comme vous l’avez lu dans le premier lien, faisant référence à l’ancien article
Où en est-on dans la réflexion ?
Après avoir vu de près de nombreux produits lors d’un test multi-marque, voici un avis plus récent.
Globalement, on va voir beaucoup d’harmonisation de modèles, et ce dans toutes les marques, autour d’un drop de 8 mm. Un niveau médian, un peu « politiquement correct ». Rares sont les drops de 10 et 12 mm (tant mieux), même si Nike va rester sur un 10 mm (trop) élevé dans ses gammes non liées à la performance. Rappelons que ce sont eux dans les années 70, qui sont allé intercaler de la mousse et du drop sous le talon. Et même si les plaques pouvaient exister par-ci par-là sur des modèles performances, ce sont eux aussi qui ont démocratisé les plaques carbone (et la montée des prix qui vont avec).
Les stacks, aujourd’hui, sont pour ma part démesurés. On dépasse allègrement les 40 mm de hauteur au niveau du talon. Et ça s’applique quasi partout. Performance, entrée de gamme, peu importe. Il est rarissime de voir des hauteurs sous les 30 mm. Bonne ou mauvaise chose ? On arrive à trouver des modèles plutôt léger et tonique avec un dynamisme tout à fait correct. Cela étant dit, on perd par contre l’information venant du sol. Mais, avec le temps, on s’y fait. Paradoxalement, on vous dit (y compris chez les marques) « continuez de travailler votre pied, c’est important ». Donc, c’est bien que toute cette matière nous prive d’information et que le but des chaussures c’est de vous apporter ce que vous voulez : protection, dynamisme… Sans travail.
Ces mêmes stacks « régulés » par World Athletics à 40 mm maxi en compétition. Oui, pour le haut niveau. Pour la validation des records. Car personne ne s’est vu contrôlé et éliminé sur un 10 km ou sur un marathon pour avoir aux pieds un modèle à plus de 40 mm. Et il y en a partout (Asics, Mizuno, New Balance, qui vous voulez). Donc au final, on court contre nature, et contre le règlement. Mais on s’en fout, au final.
Malgré tout cela, on s’y fait. On met de la chaussure épaisse, on trouve des modèles qui allient confort et répondant. Ce n’est pas si inintéressant finalement. La sensation « bout de bois », ce n’est pas agréable non plus et ça heurte nos muscles et tendons. Ces nouvelles mousses sont pour la plupart soufflées à l’azote (« nitrogen »), ce qui les rend moins denses, mais qui augmente leur volume. D’où une certaine épaisseur. La légèreté, c’est très important. Avoir ce type de mousses et sortir des chaussures à 300 gr et plus, c’est inutile. Insérer une plaque carbone pour dynamiser ou rigidifier ce type de bloc-semelle, c’est n’importe quoi. Autant trouver le meilleur compromis sur la densité de semelle, sa résilience, une certaine rigidité, en trouvant le meilleur compromis pour le poids.
Évidemment que les ingénieurs chaussures sont plus calés que nous sur la fabrication et les possibilités de conception. mais il faut avoir bien conscience du phénomène marketing que cela engendre, avec des gammes de chaussures multiples (il y en a trop) qui permettent une montée en gamme, et donc des prix parfois hallucinants à 200, 300 et même 500 euros ! Là, le running n’est plus un sport accessible. Du coup, l’impact mental sur la foule de coureurs, c’est que sortir des modèles à 160 € devient tolérable. Ça ne devrait pas être le cas. Bien sûr, tous les coûts augmentent, et cela se voit sur les chaussures aussi, on ne peut pas nier cette part là. Mais il y a des parts de marché à prendre, des luttes d’image, des marques qui n’ont pas la même puissance que les autres avec pourtant des modèles tout à fait qualitatifs. On voit bien les modèles qui marchent bien, ou à l’inverse des marques qui sont moins connues du grand public.

Modernité et santé
Tourner sur un stade en pouvant changer de modèles tous les 400 m vous fait prendre conscience de l’impact d’une géométrie de semelle, d’une matière. Pour ma part, je n’arrive pas à me faire aux chaussures surdimensionnées ou plaques carbone. Mais j’ai réussi toutefois à trouver des bons ressentis, et des bons rendements pour certains produits malgré tout. Pourtant, la plaque carbone testée ce jour m’a immédiatement perturbé l’appui par sa géométrie, et m’a sollicité directement la voûte plantaire. Est-ce normal ? Doit-on absolument s’habituer à une nouvelle dynamique de foulée pour « bénéficier » d’un effet confort ou ressort ? Et si le schéma de la foulée et les impacts musculo-squelettiques n’étaient pas à négliger.
On a vu ce week-end la marathonienne Assefa terminer en boîtant avec finalement une rupture partielle du tendon d’Achille. Qui nous dit que ce n’est pas dû à la sur-sollicitation due à la plaque ? Que doit-on penser des images d’un coureur africain à la morphologie ultra fine, qui plie complètement sa chaussure à 70° tandis que sa jambe reste quasi perpendiculaire au sol ? Qui nous dit que les fractures de fatigue (comme celle de Schrun, au bassin) ne sont pas la conséquence d’un déséquilibre absorbé par le bassin à cause d’une chaussure instable ? Ou, avec le volume que permettent ces chaussures en soulageant la musculature, ne fait-on pas trop de volume ?
Conclusion
On ne peut nier les apports de performance qui ont suivi ces chaussures. Mais n’oublions pas le facteur lié à la légèreté (le facteur numéro un) permis par ces nouvelles mousses. N’oublions pas non plus la prise en charge depuis quelques années sur l’aspect de l’entraînement. Aujourd’hui, une grande part des athlètes entraînés le sont par des coaches, et c’est le cas aussi pour les débutants. Ne négligeons les connaissances liées à la récupération et à la nutrition, qui sont actuellement le nerf de la guerre. Les chaussures seules n’expliquent pas cette augmentation des performances.
On va peut-être retrouver dans le futur des dimensions plus raisonnables, des compromis plus réalistes entre la géométrie des chaussures, les besoins du coureurs et la dynamique naturelle que le coureur doit absolument conserver. En attendant, je peste de ne pouvoir trouver un choix extrêmement limité sur les types de chaussures, qui honnêtement se ressemblent beaucoup.
Attention aussi pour ceux qui ont des pathologies particulières (pied, bassin, genoux, dos) et qui s’adaptent encore moins à ces nouveaux produits qui sont sensés être conçus pour le meilleur.
Enfin, restez vigilants et prenez du recul sur les sirènes marketing qui profitent aussi des réseaux pour influencer tout le monde.

