Maëva Danois : l’expérience positive de la longue blessure

Souvenez-vous…

20643526_2016962301662659_3706571485428919201_oIl y a dix mois environ (décembre 2017), on vous faisait le portrait de Maëva Danois, une des meilleures athlètes françaises sur 3000 m steeple. Passant dans nos Pyrénées, à Font-Romeu, d’intenses entraînements en altitude pendant son stage, elle avait pris le temps de nous répondre… On avait parlé de son histoire, de son parcours, de son été de compétition avec sa 8è place en séries du 3000 m steeple aux Mondiaux de Londres…

[ relire la première interview de Maëva Danois ]

Et puis en mai 2018…

Victime d’une rupture totale du ligament croisé antérieur du genou droit lors du meeting d’Oordegem (Belgique), la championne de France 2017 du 3 000 m steeple a su remonter très vite du gouffre dans lequel elle était tombée. En rééducation au CERS de Capbreton (40), on l’a recontactée pour prendre de ses nouvelles, reparler de ce moment noir, et discuter sur ce long retour qu’elle est en train d’effectuer à l’heure actuelle.

 

Maëva, on avait échangé il y a presque un an après ton stage à Font-Romeu. On a parlé d’entraînement, de ton avis sur ce stage en Cerdagne (Pyrénées-Orientales), de ton avenir… Et puis quelques semaines après, une grave blessure t’as stoppée net. Raconte nous ce qu’il s’est passé…
– Quand il t’arrive ça, à quoi penses-tu ? Tu vois ta saison s’envoler, tu penses peut-être que ta carrière va être compliquée à reprendre, pire…?

C’est une descente brutale, qui fait mal alors que tu étais en pleine ascension d’une magnifique montagne (…des Pyrénées ?). C’est un peu difficile aujourd’hui de te décrire ce moment, parce que je l’ai transformé en souvenir positif. Mais quand je regarde la photo de ma chute : je parviens encore à sentir la douleur de voir les filles continuer et finir la course, moi au sol incapable de me relever et de les dépasser. Evidemment, la chute et la rupture ont laissé une porte ouverte au doute, mais je pense avoir réussi à l’accueillir, l’accepter pour en faire une véritable arme de combat dans ma rééducation.

 

– Médicalement, qu’est-ce qu’on t’annonce comme blessure, et puis derrière, quel processus pour revenir…?

24h après la chute, le diagnostic fracture le moral : rupture complète du LCA (ligament croisé antérieur). 6 à 9 mois pour revenir : je pleure, j’acquiesce, je suis tombée au sol mais je vais me relever. Défi accepté.

 

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– A quoi ressemble ton quotidien à la suite de ça ?

Gros craquage : j’ai fait une liste de toutes les choses impossibles à faire pendant ma période d’athlète non blessée. J’ai quelque mois devant moi avant l’opération : autant en profiter en s’accrochant à des plaisirs de la vie (famille, amis, bouffe, verres de vin ah ah !).

 

« Et maintenant que ma plaie est cicatrisée, je peux confirmer : ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort » 

 

– Et puis te revoilà dans le Sud Ouest, pas très loin des Pyrénées (l’histoire se poursuit !) : tu fais ta rééducation au CERS de Capbreton (40). Raconte-nous un peu comment est ce centre qui accueille tous les sportifs de haut niveau, entre autre, en rééducation ?

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Il n’accueille pas que des sportifs de haut niveau, et ça c’est la magie du CERS, parce qu’au delà des temps forts de rééducation, il y a énormément de liens qui se créent entre tous les blessés. Nous sommes liés par les émotions qu’une blessure procure : frustration, impatience, envie, tristesse. Je ne regrette pas d’avoir fait le choix de venir ici, j’ai vraiment vécu un moment magique dans ma rééducation, tant sur le plan mental que physique. Et maintenant que ma plaie est cicatrisée, je peux confirmer : ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort.

 

– Que penses-tu du contexte et de l’environnement sur ce site ?

Indescriptible : levé du soleil et vue sur l’océan, puis de 7h à 19h cardio, muscu, renfo, natation, récup, et rituel du soir : couché de soleil les pieds dans le sable. Pour résumer : un centre où tu transpires 6 litres d’eau par jour sans aucune perte d’énergie tellement l’environnement t’en procure.

 

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– En attendant, tu as vu tes collègues de l’équipe de France Ophélie-Claude Boxberger et Emma Oudiou, aux championnats d’Europe progresser cet été sur le 3000 m steeple et aller en finale. Comment tu les a trouvé ?

Ce fut une torture de regarder ces championnats d’Europe dans le canapé. Je ne vais pas faire d’éloge sur mes adversaires même si je les apprécie en dehors du stade, donner un avis sur leur performance serait me positionner du coté des spectateurs. Et je préfère rester actrice de ma discipline avec mes petites oeillères qui me permettent de regarder dans ma direction et non dans celle des autres.

 

« Les défis rendent la vie intéressante. Les surmonter lui donne un sens » 

 

– Ça te donne encore plus de motivation pour revenir…? Penses-tu pouvoir aller chercher le record de France de Sophie Duarte en 9’25″62 ?

Les défis rendent la vie intéressante. Les surmonter lui donne un sens. Sophie est une athlète que j’admire beaucoup, j’ai énormément de respect pour elle et pour ce qu’elle a accompli dans sa carrière. Elle m’a soutenu pendant la blessure, aller chercher son record sera une belle représentation de la main qu’elle m’a tendue pendant cette période difficile et que j’ai attrapée pour me relever.

 

« mon sérieux 24h/24 et 7j/7 m’a desservi dans le sens où je ne m’évadais jamais de la performance » 

 

IMG-5811 - Copie– Maintenant, tu es sur le chemin du retour concernant la blessure. Qu’as tu appris sur toi moi-même et sur cette expérience, que tu pourrais communiquer aux lecteurs qui sont dans le même cas ou qui pourraient en apprendre aussi ?

Je me suis rendue compte que mon attitude positive m’avait beaucoup aidé dans ma rééducation. Même quand je n’arrivais pas à l’être, ma famille et mes amis l’étaient pour moi. J’ai appris que ma façon de fonctionner avec la performance n’était pas celle qui me convenait : mon sérieux 24h/24 et 7j/7 m’a desservi dans le sens où je ne m’évadais jamais de la performance. Et cette blessure m’a tout simplement appris à vivre. Bien sûr, je suis toujours appliquée dans ce que je fais, mais j’ai appris à me laisser distraire par d’autres activités n’étant pas en lien avec la performance au delà des moments de rééducation. Il y a un temps pour tout, et aujourd’hui je peux vous assurer que la blessure ne m’a procuré QUE des choses positives. Je me sens même chanceuse d’avoir eu cette rupture du ligament croisé ce 27 mai 2018, et au lieu de m’inonder de doutes, elle me remplie d’espoir, de volonté et de détermination. Je serais ravie d’échanger avec les lecteurs sur cet aspect de la blessure, des moments de doutes et de la capacité à rebondir après une situation difficile.

 

Merci pour tout Maëva, nous sommes heureux de pouvoir te suivre et échanger avec une athlète de haut niveau accessible et agréable !

Mathieu, Run in Pyrénées

 

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