Strava, bien ou pas ?

L’essor de l’application ces dernières années

Crée en 2009 en Californie, Strava© veut dire en suédois « s’efforcer à faire quelque chose sans relâche ». Cette application répertorie les activités sportives enregistrées via l’application des GPS. Depuis environ 3 ans, l’essor est considérable, profitant à la fois de la pratique en hausse du running et du cyclisme, et donc de la possession de montres GPS et de smartphones, sur lesquels, en dehors de l’ordinateur, on peut visionner le résultat de ses activités.

Même si les fabricants de montres GPS (Suunto, Garmin, Polar…) ont aussi un réseau social dans lequel on peut transférer et lire ses données, l’avantage de Strava, c’est qu’il les regroupe tous, permettant de connecter les coureurs entre eux.

Ces trois dernières années notamment, les partages des bilans sur Facebook ont inondé les « murs » de tout le monde. En graphiques ou en chiffres, le nombre total de kilomètres, de dénivelé cumulé, la moyenne, le nombre de jours actifs, etc, TOUT était exposé aux amis.

De là est né un questionnement : simple partage ou attente d’approbations / de félicitations ? Outil pratique ou exposition d’égo ? En postant l’image ci-dessous sur les réseaux sociaux, on a voulu voir ce que vous, les coureurs, pensiez vraiment…

[ l’image qui vous a fait réagir ! ]

Analyse du cas Strava et des différents avis !

Un outil pratique

Tout d’abord, il faut évoluer avec son temps. Fini le cahier et le crayon, le calendrier des magazines running où on notait tout. Informatiquement, c’est plus rapide, et plus pratique. On stocke une énorme quantité de données enregistrées par les montres GPS, qui elles-mêmes sont bien plus complètes qu’avant.

Plus de calcul et de totaux en fin de semaine, mois ou année : tout est dans la boîte. Pour les amoureux de statistiques, c’est très fourni et bien fait pour peu que l’on utilise un peu ces outils. On peut retrouver ses parcours, se donner des idées et des repères avec les parcours des autres, les photos que l’on a faite sur le coup.

Les témoignages des lecteurs : « je trouve l’application complète »« je l’utilise pour me souvenir des kilomètres que j’ai pu dévorer en regardant les photos du parcours »« Je vois les coureurs féliciter les copains quand ils font un truc bien, voir échanger des conseils »« Ça peut donner des idées de balade » – « C’est un outil pour voir si tu es en forme ou pas, on peut s’auto-comparer »

On va mettre les baskets dans le plat : Strava, une appli qui pervertit ?

On peut choisir de mettre l’application en mode privé, juste pour soi. Oui, mais en mode public, ça change la donne. On décharge les données sur l’appli, mais tout le monde peut voir ce qu’on a fait. A quelle heure, combien, à quelle vitesse, combien de pulsations, où précisément… De ce fait, on peut se placer en observateur. Comme Facebook et Instagram, les personnes qui prennent du recul n’en font rien sinon lire à titre informatif.

Mais forcément, on peut être tenté de se comparer. Niveau de performance, quantité, qualités physiologiques… On voit ce que fait son copain, son adversaire (au sens noble). Fini le temps où l’on découvrait la forme de l’autre dans le feu de l’action ! Le jour de la course, tout simplement.

L’enregistrement de performances sur certains secteurs (un bout de route, le tour d’un lac, une ascension) donne lieu à un classement permanent. On est poussé à s’élever dans ce classement, à s’entraîner fort à l’entraînement pour récupérer ce fameux « Kom ». Du coup, on y va à fond souvent, alors que l’on devrait peut être se reposer ou doser l’effort, penser à la séance suivante, suivre un objectif pensé de progression. A vouloir être la « star du quartier » (l’image plus haut, vous vous souvenez…?), on court un peu n’importe comment, mais on peut surtout courir au surentraînement, à la blessure, à l’épuisement moral.

Si quelques coureurs en déficit de motivation sont stimulés, cela peut être une façon de se booster et de montrer un peu de caractère. Mais pour ceux qui montrent plus que du caractère (disons-le : l’égo !), cela peut mener au sur-entraînement. Un éducateur disait au sujet d’un jeune : « il est stimulé par ce que font les copains, il s’amuse à aller chercher les koms, mais bon quelques fois en compétition il passe un peu à côté, il est un peu en dedans mentalement, c’est sans doute dû en partie à ça ».

Ainsi, tout le monde peut avoir son petit bout de gloire et de réussite personnelle. Quelques fois, cela compense un manque dans la vie quotidienne, on cherche à être approuvé, à valider ses efforts plus régulièrement que lors d’un rendez-vous unique (compétition) qui en plus peut être manqué pour des facteurs interne (dû à soi) ou externe (météo par exemple).

Photo : Kilian Jornet, Salomon

On temporise

Positivement, les remarques ou les félicitations constructives et sincères vont être utiles pour le moral du coureur. On peut courir seul, et les feed-back de quelques amis ou contacts avisés vont le soutenir et l’informer. Comme le disait un lecteur plus haut « échanger des conseils ». A terme d’ailleurs, des coureurs qui peuvent se repérer sur le réseau pourront aller courir ensemble par la suite, voir même rejoindre un club.

Même si on peut ne mettre que les séances qui nous intéressent, on met la plupart du temps la totalité des séances. Pour les coureurs de haut niveau comme certains marathoniens français, tout est en ligne. Et bien que cela ne montre pas patte blanche par rapport à une localisation ou un éventuel dopage, ça permet de montrer la somme de travail fournie et évite certaines questions sur les performances que l’on ne découvre que le jour de la course (pour ceux que ça intéresse). Vous savez le fameux : « Ouf, comment il a fait pour faire telle perf ? Il n’avait pas ce niveau il y a quelques mois… ». Bref, de toute façon, on vous demandera de ne juger personne sans avoir connaissances des faits, c’est logique.

En période Covid, avec peu de perspectives de compétitions et un manque de stimulation, Strava va pouvoir quelques fois permettre de compenser cette adrénaline et l’effet « boost » de la compétition. A qui sait se raisonner et savoir quels challenges sont dans ses cordes.

Pour conclure, Strava…

L’outil est moderne, il est pratique, il permet de restituer une quantité de données importantes et intéressantes, mais forcément, il pousse au toujours plus. On sait aujourd’hui que c’est quelque peu « dépassé » d’en faire des tonnes. Pour la performance, mais pour la santé physique et morale aussi. Mieux vaut faire bien, et intelligemment. Seule la compétition dans son contexte si particulier est un révélateur de performances. Surtout que personne n’a besoin de s’entraîner de la même façon que l’autre ! Alors on essaie de ranger son égo de côté et de se faire du bien avant tout. Ce qui n’empêche pas de s’entraîner fort pour aller… vite.

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