L’exploit est-il encore possible ?

En sport, et bien sûr en course à pied, plus on avance dans le temps, et plus on est censé atteindre les limites humaines. Du moins, on s’en rapproche, forcément. Et même si « les limites sont faites pour être dépassées », elles le seront moins franchement, à coups de secondes ou de centièmes…

De plus, le record étant la limite la plus haute de la performance, quand il est battu, on se demande s’il l’a été par un homme ou une femme plus entraîné, mieux préparé et qui a fait attention à un maximum de paramètres pour dépasser la précédente marque… Ou bien s’il a triché pour y parvenir.

Du coup, à chaque « nouvelle marque », le spectre du dopage revient. Le record étant déjà quelque chose d’extraordinaire, touchant ou dépassant les limites, peut-on valider, sans scepticisme, toute performance nouvelle les dépassant ? L’exploit est-il encore possible, a-t-il encore sa place ?

 

C’est une vraie question car en même temps que l’homme progresse et qu’il acquiert plus de connaissances pour s’entraîner et préparer une performance, le doute augmente lui aussi. Comment battre une performance qui était déjà bluffante ? En athlétisme, on sait que les records des années 80 en particulier chez les femmes sont entachés par des politiques de dopage à grande échelle, notamment en Europe de l’Est. Malgré de nombreuses certitudes, ces records n’ont pas été revus. Aujourd’hui, les kenyans et éthiopiens sont aussi dans le collimateur depuis des révélations et des athlètes suspendus. Finie la légende du coureur qui partait et qui revenait en courant à l’école, développant depuis son plus jeune âge des aptitudes sur les plateaux d’altitude. La course à pied comme ascenseur social et motivation, tirant les performances vers le haut…

 

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Photos : J.Saragossa, EPA, Le FIgaro

Au vu des derniers résultats, voyant Eliud Kipchoge réaliser 2h01’39 sur marathon, et Kevin Mayer 9126 pts au décathlon, où doit-on classer ces performances ? Dans l’extraordinaire, dans le fabuleux, ou plutôt dans le « stupéfiant » et la connotation négative que certains veulent leur attribuer ? Qui a raison, avant de savoir, finalement…? Comment classer telle ou telle performance, et en fonction de quels critères, dans l’exceptionnel ou dans le soupçon ?

Il semblerait que, raisonnablement, l’on puisse apporter plus de crédit à une performance exceptionnelle quand elle résulte d’une préparation longue, de plusieurs années, d’un athlète mature qui avait commencé à se révéler étant jeune. Au contraire, on pourrait légitimement douter d’un résultat exceptionnel mais soudain, d’un pic de performance bien plus haut que les autres, ou qui semble étirer le niveau de l’athlète sur plusieurs plans. En se basant là-dessus, on élimine pas mal de doutes ou de suspicions. Malheureusement, ça ne suffit toujours pas. Malgré l’apparence et les sourires, malgré le parcours, la tricherie est peut-être là…

 

Mais, qui le sait ? Qui peut dire aussi qu’un athlète est propre, tant qu’il ne se fait pas attraper ?

Alors les débats vont bon train, entre les avis extrêmes des spectateurs béats qui valident ce qu’ils viennent de voir, et des sceptiques d’office qui ne s’extasient de rien et qui voudraient bien voir le contrôle antidopage.

Et si l’on profitait un temps du geste réalisé, de l’athlète et de son résultat (pour peu que l’on y soit sensible bien sûr) en disant :
« C’est superbe, quoi qu’il en soit, il faut pouvoir le faire. C’était beau, j’ai eu des sensations d’émotion en regardant ça. Quoi qu’il en soit, c’est vrai qu’en analysant ce qu’il vient de se passer, ça peut poser question tellement la performance est dingue. L’avenir le dira, ou pas d’ailleurs. Mais en attendant, quel exploit ! »

On peut apprécier un exploit et être réaliste…non ?

 

Alors, l’exploit est-il encore possible ? A la marge, il y aura encore des records, plusieurs, même les plus dingues déjà établis. Qui ira chercher ceux de Bolt ? Est-ce que vous et moi pourrons-nous y assister un jour…? Des records battus nettement, largement, c’est déjà arrivé, et cela arrivera encore, mais comme le temps avance, la science et la préparation avec, ce sera plus rare tant nous touchons, dans certaines disciplines, aux limites.

L’exploit est sans doute encore possible, si nous sommes prêts à l’accepter raisonnablement, à aimer notre sport et nous emballer pour lui. Pas question non plus de béatitude et de tout accepter « car l’athlète s’entraîne durement ». Tous les athlètes s’entraînent durement. Certains sont exceptionnels ! Pas question de scepticisme, de « non » d’office, de perdre ce qui nous fait vibrer pour notre sport. Rien n’est arrêté.

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