Le KV – Kilomètre Vertical : une discipline à part (2) – Témoignages d’Adrien Perret et d’Axelle Mollaret

Dans le précédent article, on vous présentait cette discipline si particulière, entre description, explications et avis d’un passionné à travers les réactions de Thomas.

[ relire la première partie ]

Et puis on s’est dit que les témoignages de deux acteurs majeurs de la discipline en France et dans le monde, s’ils voulaient bien nous répondre, seraient sans aucun doute très éclairants ! A vous d’en juger… Puisqu’ils nous ont répondu très gentiment ! On les remercie vraiment pour cette disponibilité !

Avec tout d’abord Adrien PERRET, athlète de haut niveau ambassadeur Hoka, entraîneur, record en 32’04 au KV, 3è / 4è / 2è des France de KV 2015 – 2016 – 2017.

Et puis ensuite Axelle MOLLARET, athlète de haut niveau et skieuse alpiniste de l’équipe de France avec plusieurs titres mondiaux, 3è en 2016 et 2nde en 2017 des France de montagne, vice championne de France de KV 2016, qui a battu récemment le record du monde du KV en 34’36.

 

Adrien PERRET

– Adrien, tu fais partie des meilleurs français en KV, avec un record en 32’04. Finalement, tu n’es pas si loin que ça du record du monde (28’53, Philip Götsch en 2017)… ou alors penses-tu qu’il y a un gouffre ?

Effectivement ce n’est que 3′ mais en faisant un ratio c’est assez énorme ! Le gouffre est énorme et pour tous les gars qui sont spécialisés là dedans le temps paraît stratosphérique ! 1′ de mieux que Urban c’est dingue. Pour arriver à des chronos comme ça il faut être en bonne condition au bon moment et surtout être audacieux, faire le pari de partir sur les bases d’un record pour peut être imploser avant la fin et finir dans les choux… Après, les records sont faits pour être battus comme on dit !

 

41328274_2149423811974238_5548884088988893184_o
Adrien Perret aux France de St-Lary | Romain Turbiez

– Tu es encore jeune : penses-tu à améliorer ton record, et si oui, combien aimerais-tu aller chercher ?

Ce serait frustrant de se dire que je n’améliorerai jamais mon chrono, je suis sûrement moins en forme qu’à l’époque où j’ai réalisé ce temps, mais j’ai progressé dans d’autres domaines, tactiquement, techniquement ce qui m’a permis d’aller gagner certaines courses tout en étant peut être « moins fort ». J’y pense et j’en ai envie mais je ne veux pas que cela devienne une obsession car cela serait contre productif.

 

– Pour toi, le tracé idéal d’un KV pour aller vite, c’est quoi ?

Pour moi le tracé idéal, c’est moins de 2 bornes sans trop de changements de direction, pas forcément de marches ou si c’est le cas des demies sans rondins afin de pouvoir mettre de la fréquence de jambe et pousser fort sur les bâtons sans être gêné. Allez, petit clin d’oeil au Grand Serre qui est juste parfait pour ça ! Et on en parle pas assez, un beau point de vue au sommet, c’est important de pourvoir se faire la peau et d’avoir une belle récompense !

 

44373190_2170394396543846_5990672478119133184_o

 

– Quelles qualités faut-il pour grimper vite sur 1000 m+ ?

Il faut une grosse VO2 et une capacité à la tenir haut en pourcentage et longtemps (enfin, longtemps…); il faut également une grosse puissance musculaire au niveau des ischios jambiers avec une bonne capacité de résistance au niveau des mollets. Pour le haut du corps, pas besoin de ressembler à un athlète grec, des pecs et surtout des dorsaux et triceps costauds c’est important. Après, il faut savoir se servir d’une paire de bâtons sinon on se crame plus qu’autre chose à mettre en route le haut du corps s’il nous sert à « peanuts ». L’effort étant assez court, on n’a donc pas besoin de beaucoup d’heures d’entraînement pour sortir de belles perfs.

 

– Un coureur sur route rapide a-t-il une chance de bien figurer sur un KV ? Le transfert des qualités est-il suffisant…?

Un coureur sur route a une qualité qu’on ne lui enlèvera jamais, sa technique de course. C’est sûr que c’est un plus, mais on ne peut pas dire que la foulée soit dynamique quand on court en KV. Je pense que sur route les gars manquent pas mal de puissance pour avancer fort.

 

 Le ski, le cyclisme sont des bons compléments. Pourquoi ? Quel autre complément utile aux qualités que demandent le KV ?

Pour le ski-alpi, déjà, on fait bosser tout le corps, ce que peu de gens font, on développe ses qualités techniques sur les bâtons ainsi que la musculature. Le ski étant, en général, une succession de montées avec des efforts relativement nivelés, qui développent la capacité de consommation maximale d’oxygène, un point important pour le KV. La coordination n’est pas tout à fait la même, ainsi que sur les libertés angulaires, notamment pour le quadri avec l’impression d’être encroûté en fin d’hiver quand on rechausse les skis.

Pour le vélo, le gros gain est à rechercher dans la musculature et la capacité à développer l’endurance de force, c’est à dire tirer du braquet sur un temps plus ou moins long. Le vélo est une grosse base de travail pour progresser dans les intensités. En n’utilisant que les membres inférieurs, il faut se saigner pour aller chercher les mêmes FC qu’à pied. Et comme je le disais, le travail d’endurance de force avec des séances de force/ vélocité sur plus ou moins de temps. Là on est plutôt sur du vélo de route. J’aime bien le VTT, déjà parce que c’est fun (on l’oublie souvent mais à n’importe quel niveau on progresse en se faisant plaisir !!) également parce que le VTT est plus explosif. On y trouve souvent des changements de rythme autant cardio que développement de force plus pure, qui est bonne à prendre. Il y a des qualités à aller prendre dans beaucoup de sports j’en suis sûr !

 

43586590_2164322937150992_4939373262695038976_o

 

– On constate un intérêt grandissant pour le KV, tout en restant une discipline confidentielle. Comment vois-tu l’évolution de la discipline ?

C’est vrai on en entend souvent parler mais pas grand monde qui se lance à fond là dedans ! Déjà, je pense que l’effort fait peur (bizarre d’entendre ça quand le gars en face de toi te dit dans la même phrase qu’il court des ultras sur 25-30h…) de par la pente je pense. Question chiffres : tu en baves, mais ça dure moins longtemps, donc c’est moins pire non ?!
Après je pense que c’est un sport, comme on le disait juste avant, qui est assez central, car l’entraînement peut se faire sur plusieurs sports donc les coureurs viennent un peu de tous les horizons. Cette année à Fully, Clément Arnaud qui est en équipe de France de ski de fond claque un 35′ et quelques brouettes… C’était son premier et la perf’ est belle. Ça a été possible car il sait se servir d’une paire de bâtons et qu’il a un « gros caisson » du bas de corps !

J’espère que les gens vont revenir vers cette discipline, quand on discute avec des participants de trail, combien ont attaqué le trail de façon addictive dans les 3 ans qui précèdent avec une période sans sport qui l’aura précédé… Ça donne quoi ? Des gens qui veulent courir un 50 bornes donc 8-9 h d’effort, un corps qui n’est pas du tout prêt et qui lâche assez vite… Y’a qu’à regarder le turn-over sur les trails, certains marchent pendant 1 an comme des machines et après plus rien : blessure, maladies à répétition et j’en passe… Et ça reflète une partie du peloton je crois. Et le gros problème du trail c’est pas la montée, c’est bien la descente ! C’est pour ça que le KV est intéressant, les chocs traumatiques dus aux impacts sont ultra limités, la récupération n’en est donc que plus rapide.

Le seul truc qui fait que ça ne prend pas ? Peut être les médias en France qui focalisent sur le long, les ultras, mais ça je crois que c’est un problème sociétal finalement on est dans un monde « toujours plus » : plus d’heures au boulot, rentrer plus tard chez soi et j’en passe… Alors pourquoi dans le sport cela serait différent ? Est ce que le sport ne paraît pas trop élitiste aussi ? C’est possible ! Perso, je profite toujours de l’échauffement pour monter sur le parcours et encourager un coup les gars qui s’élancent avant, ça reste un moment de partage, chacun est dans sa course en partant en CLM et on partage le même jusqu’au-boutisme ! Et le sommet on en parle ? Une fois en haut et finir en allant se balader pour profiter du paysage ça n’a pas de prix !

 

– Est-ce que le niveau se resserre dans l’élite ?

Clairement le niveau se resserre, globalement les temps des meilleurs stagnent mais derrière ça monte de plus en plus vite ! Rendre ce sport un peu moins confidentiel va dans ce sens et c’est très bien !

 

Retrouvez l’actualité d’Adrien PERRET sur sa page Facebook, et n’hésitez pas à le contacter pour du coaching !

[ Adrien Perret Coach ]

 

Axelle MOLLARET

– Axelle, tu viens du ski alpinisme, discipline où tu fais partie des meilleures du monde. Quelles qualités transfères-tu du ski-alpi au KV ? L’effort est-il semblable ?

Le ski alpinisme présente plusieurs disciplines (course individuelle, équipe, vertical race et sprint) qui ont des temps de course différents. La vertical race, qui consiste à une montée chronométrée uniquement et qui dure environ 30′ ressemble effectivement beaucoup à une course de KV. L’entraînement pour l’une des deux disciplines est alors utile pour l’autre. Dans les deux cas on a besoin d’endurance, on utilise des fibres lentes de nos muscles, mais aussi des beaucoup de puissance dû au dénivelé.

 

– Tu as pris il y a peu le record du monde du KV (34’48) à Christel Dewalle lors de la Verticale du Grand Serre, pour le porter à 34’36. Raconte-nous en quelques mots cette magnifique performance : terrain, météo, forme perso, effort…?

42988609_1934884196818034_6621595975536345088_nLa Verticale du Grand Serre est une très belle course à laquelle je participe régulièrement. L’équipe d’organisation a fait un très gros travail pour améliorer chaque année le parcours et le rendre le plus rapide possible, en taillant des marches par exemple.

Cette année le temps était bien sec et le fond le l’air n’était pas trop chaud (c’est des fois le risque avec des départ tardifs), donc plutôt de bonnes conditions de course. Le départ est en contre la montre, je suis partie avant dernière fille, juste devant Christel Dewalle, favorite de l’épreuve. C’est une petite pression supplémentaire d’avoir à ses talons une coureuse si forte.

L’objectif était donc de ne pas me faire rattraper, ou alors le plus tard possible. J’étais bien en forme après un été où je me suis beaucoup entraînée, j’espérais donc améliorer mon temps mais le record n’était pas mon objectif. J’ai pris un départ très rapide et j’ai réussi à maintenir ce rythme longtemps. Je me suis sentie très bien du départ à l’arrivée, et belle surprise au sommet quand je regarde mon chrono !

 

– Penses-tu pouvoir améliorer ce record ? Sinon, quel type de coureuse peut l’améliorer d’après toi ?

J’espère bien oui ! Sinon j’arrête de suite la compétition 😉

 

– Le KV du Grand Serre, c’est 1,8 km (pour 1000 m+) : est-ce pour toi le format où on peut être le plus rapide ?

C’est difficile à dire, il faudrait essayer sur tous les formats les jours où on est à forme égale, pas facile…

Il n’empêche que pour l’instant les meilleurs chronos ont été effectués sur la Verticale du Grand Serre et le kilomètre vertical de Fully, et ce sont les deux parcours les plus courts, donc… Mais je pense que ça dépend aussi beaucoup du profil du coureur. Quelqu’un qui fait beaucoup de course à pied sera peut être plus performant sur un parcours plus roulant où il pourra conserver son rythme de course. Quelqu’un qui fait plus de marche ou du ski alpinisme s’exprimera je pense d’avantage sur un parcours raide, c’est mon cas.

 

41309135_1922862958020158_958138003224526848_n

 

– Tu es skieuse, et tu as battu le record en bâtons : pour toi clairement, ils sont indispensables à la performance ?

Pour moi sur ce parcours : oui ! Encore une fois ça dépend, et de l’athlète et du degré de pente. Je préfère marcher et pousser avec les bâtons, d’autres préfèrent courir et se tirer avec les bras comme sur du plat. Moi, je reste assez efficace avec des bâtons même si ce n’est pas très raide et qu’il faut courir, je pense que c’est en grande partie grâce au ski alpinisme. Le fait est que l’on voit très peu de coureurs sans bâtons au départ d’un KV, ils doivent donc bien avoir leur utilité !

 

– Tu es aussi une des meilleures françaises en course en montagne. Te verra-t-on également sur les trails ?

J’en ai fait régulièrement, j’y reviendrai sûrement, mais pour l’instant je préfère rester sur des distances plus courtes qui se rapprocheront plus des durées de courses que j’ai l’hiver en ski.

 

41866355_1928159094157211_6002725797029216256_n
Photo : Paul Viard Gaudin
[ Axelle Mollaret – page athlète ]

Images trouvées sur le Facebook des athlètes, avec leur accord.

 

> Revenir sur la première partie sur le sujet du KV

 

 

3 commentaires sur « Le KV – Kilomètre Vertical : une discipline à part (2) – Témoignages d’Adrien Perret et d’Axelle Mollaret »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s