Les mille et une courses de Benjamin Bellamy

Ça doit faire plus de 20 ans que nous nous connaissons avec Benjamin, depuis les catégories minimes. A 36 ans aujourd’hui, Benjamin a foulé à peu près toutes les surfaces, du cross à la route, de la piste à la montagne. A chaque fois que nous nous sommes croisés, toujours des mots gentils, toujours la même simplicité, et tout au long de sa carrière, des performances de haut vol. Interview coup de coeur avec un ami et un athlète complet. Carrière en cours, ce grand coureur ariégeois se livre sur son parcours !

 

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Benjamin, nous nous connaissons depuis les catégories minimes. Quand et comment as-tu commencé l’athlétisme, et par quelle(s) discipline(s) ?

Que le temps passe vite ! Ça ne nous rajeunit pas ! J’ai commencé à l’âge de 7 ans dans la foulée d’un père coureur sur les courses enfant des épreuves qu’il disputait, avant de rejoindre rapidement le club de l’Entente Athlétique du Pays de Foix. On touchait à toutes les disciplines de l’athlétisme mais ce sont les épreuves d’endurance qui me plaisaient le plus !

 

A quel moment t’es tu mis (très) sérieusement à l’entraînement. Quelles envies avais-tu à ce moment-là ?

Je ne sais pas vraiment à quel moment je me suis investi plus sérieusement. Mais assez tôt tout de même j’ai pris goût à l’effort et aux sensations que l’on ressent grâce à l’entraînement.
Par contre je ne pense pas m’être beaucoup entraîné quantitativement jeune, mais avec sérieux oui.
Et puis à côté de l’athlétisme, j’avais quand même une activité physique assez stimulante entre les parties de foot avec les potes, le sport scolaire, les sorties à vélo dans la forêt… enfin la vie d’un gamin dans un village où l’on passe beaucoup de temps dehors.

 

Cross et piste, tu as eu de très beaux résultats et connu le haut niveau. Peux-tu nous citer les grandes lignes de tes titres, sélections et records personnels sur ces deux disciplines ?

J’ai toujours eu une préférence pour le cross ! Et c’est le jour de mes premiers France de cross à Carhaix en cadet 1ère année où je termine 7è (à mon immense surprise) que je me suis dit que je pourrais peut-être obtenir des résultats en persévérant.
L’année suivante je termine vice-champion de France cadet et 2 ans plus tard je décroche ma première sélection en équipe de France de cross pour le championnat d’Europe à Édimbourg où j’en termine 35è.
Sur le cross long les meilleurs résultats ont été une 4è place en espoir et une 18è place en sénior. Sans oublier 3 titres régionaux.

Côté piste, c’est sur le steeple que j’ai pris le plus de plaisir (sans les obstacles, j’ai toujours trouvé la piste plus « ennuyante »), et j’ai pu décrocher une 3è place en espoir et une 5è place aux Élites avec un record à 8’43. Sur 150m mon meilleur chrono est de 3’51.

 

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3000 m, 2è tour Interclubs Tarbes (65) 2011
Aujourd’hui, tu ne fais plus de piste, et plus que quelques cross de temps en temps. Qu’est ce que tu as apprécié ou que tu apprécies encore dans chacune des deux  ?

J’ai toujours aimé les relances, les changement d’allures, les difficultés du terrain ou la lutte contre les éléments en cross qui poussent à se surpasser. D’un point de vue compétitif j’aime cette « lutte d’homme à homme » sans chrono en cross. Et puis les cross c’est l’occasion de voir les autres courses, de s’encourager les uns les autres en retrouvant les camarades de club, les amis…

Pour la piste il y a une telle exigence, que cela te pousse à aller chercher tous les détails afin de progresser, pour toujours te surpasser. Maintenant j’y retourne sur quelques séances pour vraiment savoir où j’en suis de ma forme et pour pousser le curseur de l’effort à son maximum.

Mais je dois bien dire que j’ai toujours préféré le cross.

 

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Champion régional de cross à Lavaur (2009)
Toi, l’ariégeois, tu t’es tourné petit à petit vers les courses en montagne. C’était une vraie envie, une façon de se tourner vers autre chose…?

C’était un peu un retour aux sources ! J’ai quitté mon environnement montagneux ariégeois pour les études puis le travail, et j’ai eu la sensation à la fois d’avoir approché mes limites sur piste et d’avoir vécu une belle aventure au cours de stages, meetings nationaux, championnats. Mais une certaine lassitude s’installait, et de plus j’avais des problèmes au tendon d’Achille sur la piste que je n’avais pas par ailleurs. Bref il me semblait avoir suffisamment fait le tour de la piste et de la question.

Aussi une discussion avec Didier Zago et Saïd Jandari sur le parking du 10 km de Dax m’est revenu en tête au moment de me fixer un nouveau challenge en testant les courses en montagne.

 

Et puis, là aussi, tu as poussé jusqu’à la sélection nationale ! Racontes-nous en quelques mots ces années d’aventure sportive et de compétition. Les rencontres, les enjeux sportifs personnels et nationaux… Qu’est ce qui a fait que, là aussi, tu as pu réussir ?

Dur dur de résumer ces années en quelques lignes (et un peu trop sûrement pour une lecture à l’heure des réseaux sociaux). Disons que j’ai eu l’énorme chance de décrocher une sélection en 2012 pour les mondiaux de montagne en Italie ce qui m’a permis de m’immerger dans la famille de la course en montagne. Les saisons suivantes ont donc été guidées par cette envie de retrouver le maillot tricolore et j’ai réussi à enchaîner 4 championnats du monde et 4 championnats d’Europe pendant ces années-là, ainsi que de remporter 3 médailles au France de montagne, 1 en KV et 1 en trail court. Et puis j’ai vécu des moments fabuleux sur La Rhune, le Grand Ballon, le Ventoux, Tardets, le Soulor et en Ariège bien sûr avec de nombreuses rencontres très enrichissantes, de superbes endroits…

 

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Coupe de France de course en montagne, Arrens-Marsous (65), 2013

Au cours de ces années 3 souvenirs marquants me reviennent.

Le premier c’était en Italie pour mes 1ers championnats du monde où je découvrais encore la discipline et après un moment mémorable dans la foulée de Martin Dematteis entouré d’une foule de tifosis surexcités, je termine 20è et 1er français, halluciné de me retrouver à pareille fête !

Ensuite j’ai eu la chance de connaître un championnat d’Europe « à domicile » à Gap où nous décrochons le bronze par équipe devant ma famille (je termine 13è), ce qui fut un grand moment et ma seule médaille internationale (depuis, mes successeurs en équipe font bien mieux !).

Et puis je repense à un championnat d’Europe à Madère où je me dis que nous avions une chance incroyable de voyager ainsi pour notre passion et pour représenter la France nous avons passé une soirée mémorable avec nos amis italiens et surtout un Didier Zago en forme internationale !

 

Ton arrivée chez New Balance s’est faite comment ? C’est ce qui t’as motivé ou aidé à te tourner vers le trail ?

Suite aux mondiaux de 2012 dont je vous ai parlé, Julien Rancon, qui faisait parti du Team New Balance à ce moment-là, m’a mis en contact avec Jack Peyrard (manager jusqu’à la fin de l’année dernière). Ce dernier m’a fait confiance pour intégrer le Team en continuant la course en montagne et en faisant quelques excursions en Trail. Je l’en remercie encore car j’ai trouvé au sein de cette Team un fonctionnement qui prend en compte l’humain et où la recherche du résultat ne se fait pas à tout prix.

Il y avait des moments de regroupement comme sur les Templiers où l’on faisait forcément une épreuve mais c’est l’envie de courir sur les sentiers et de tester de nouvelles choses qui m’a amené à accrocher des dossards en trail.

8 ans plus tard, me voilà le plus ancien du Team.

 

Quels sont pour toi tes meilleurs résultats dans cette discipline ?

Parfois je ne sais pas trop dans quelle discipline classer les courses, mais Sierre-Zinal en 2h46, et une victoire qui me tient particulièrement à cœur sur le marathon du Montcalm font partis de mes meilleurs résultats. Il y a aussi ma 2nde place au France de Trail court ou ma victoire au Gruissan Phoebus Trail sur 50 km qui ont été des courses abouties.

 

Montcalm 2018 (15)

 

Si tu devais retenir, à ce jour, tes meilleurs souvenirs parmi tous ceux-là : ce serait lesquels, et pourquoi ?

J’ai déjà parlé de certains en compétition mais j’ai d’excellents souvenirs de la période où nous partions en stage à Font-Romeu avec un sacré groupe, où chacun venait se « greffer » selon ses disponibilités. On louait un (ou 2) grand(s) appartement(s) et c’était une espèce de colloc’, avec comme partenaires d’entrainement Sophie Duarte, Yoann Kowal, Yohan Durand, Benjamin Malaty, Sébastien Gamel, Pierre Urruty, Pierre-Laurent Viguier pour les plus connus. On enchaînait des footings dans un cadre magnifique, des séances à se motiver les uns les autres et surtout d’immenses rigolades !

Et puis j’ai eu la chance de rencontrer mon épouse en stage de ligue à Tarnos par la suite ! J’ai également pu découvrir les sites d’entrainement au Portugal, en Afrique du Sud, au Kenya et en Ethiopie grâce à l’athlé et je suis bien conscient de tout ce que cela a pu m’apporter.

Plus récemment ma victoire sur le marathon du Montcalm devant ma famille et dans les bras de mon père restera je pense un de mes meilleurs souvenirs. C’est en le suivant sur la même épreuve 30 ans plus tôt qu’une partie de mes rêves athlétiques étaient nés, et partager cela fut pour moi un moment d’émotion incroyable pour bien des raisons. D’ailleurs c’était très chouette que tu sois au micro à cette occasion.

 

Aujourd’hui, de quoi as-tu encore envie ? Sur quoi tu n’as pas fait de croix ?

J’ai surtout envie de continuer à me faire plaisir en chaussant mes baskets et c’est toujours le cas ! Enfin un peu moins quand même depuis le début du confinement. J’avais prévu de découvrir le marathon (il a déjà couru 30’20 sur 10 km, et 1h08’27 sur semi, ndlr), mais les circonstances en ont décidé autrement. Je ne peux que relativiser cette déception dans le contexte actuel. Donc je tenterai bien un marathon, essayer de retrouver des sensations en montagne et maîtriser un peu mieux les efforts de plus de 2h sera un bon programme pour les mois ou les années à venir.

 

Des conseils pour réussir dans la durée, et ce malgré une vie de famille…?
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Semi de Blagnac 2020. Photo Yann Ilhardoy

Cela peut sembler assez banal, mais je pense qu’il faut courir tout d’abord pour le plaisir en étant bien à l’écoute de son corps et de sa tête. Cela peut impliquer par exemple de renoncer à des objectifs ou annuler, adapter certaines séances, ce qui peut parfois être compliqué à accepter sur le moment et aller à l’encontre d’une performance en compétition.

Mais se préserver ainsi me semble nécessaire pour durer.
Le fait que mon épouse coure également contribue à intégrer plus facilement le sport dans un équilibre de vie . Nous attachons une place essentielle à la vie de famille alors je tâche d’organiser ma pratique (entraînements sur la pause méridienne par exemple, limitation de la durée des sorties en montagne etc…) pour qu’elle s’intègre dans notre vie familiale sans lui être préjudiciable.

 

Merci infiniment Benjamin pour le temps accordé à ces questions…

Merci Mathieu de m’avoir permis de me plonger dans ces beaux souvenirs, et j’espère te retrouver bientôt sur les courses pour échanger sur le sport et la vie de jeune père de famille !

 

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